15/09/2022

Véganisme populaire et décolonial                                            

Comment la lutte pour la libération animale s'articule avec la lutte décoloniale et pour la souveraineté alimentaire au Brésil ? Des pistes pour penser la solidarité antispéciste entre le nord et le sud.

Temps d'écoute : 103'24''

 

Notre manière de présenter l'antispécisme, de le porter et de le concevoir pourrait expliquer notre difficulté à faire aboutir la lutte. Au milieu des autres luttes, l'antispécisme est peu compris pendant que la militance elle-même se concentre sur son sujet sans mettre en lumière les imbrications avec les attaques contre les droits humains et l'exploitation des animaux autres qu'humains. Selon Sandra Guimaraes, le risque serait de considérer le veganisme comme style de vie alors qu'il faudrait davantage le considérer comme une solidarité politique avec les animaux autres qu'humains en convergence avec les autres luttes.

Le 22 juillet 2022, Sandra Guimaraes donnait une conférence à l'UELA où elle présentait la situation du Brésil. La militance antispéciste mainstream, appropriée par la bourgeoisie, un intellectualisme blanc (et masculin) et plus globalement la dynamique capitaliste colonialiste, ne donnent pas la voix aux populations affamées par l'agrobusiness qui détruit les cultures populaires autant que la planète. Sandra Guimaraes montre comment avec l'UVA - Union Végane d'Activisme, des militant·es ont décidé de sortir de la pensée mainstream en développant un réseau qui redonne aux personnes leur place dans l'action vegan à partir de leur culture et sur leur territoire. Là-bas, l'antispécisme est une lutte qui de fait est concomitante avec la précarité paysanne, l'accaparement des terres par 1% des propriétaires et le racisme subi, mais aussi avec les savoirs-faire locaux. Cette réalité doit permettre de créer un mouvement vegan plus inclusif pour une émancipation globale. Maintenant la population brésilienne ne pourra rien seule. Cette conférence c'est aussi un appel à la solidarité internationale.

 

Les luttes auquelles participe Sandra Gamaraes

Mouvement des sans terres : https://www.mstbrazil.org/

UVA : https://uniaovegana.org/

Brigades de solidarité populaires

Jardins ouvriers d'Aubervilliers

 

Article de Sandra Guimaraes

En Palestine occupée des potagers suspendus (article Basta)

 


Le Brésil et sa politique agraire :



 

 

Schéma heuristique de la situation décrite par Sandra Guimaraes



 

 

La version sous-titrée de la conférence.


 

 

Le réseau UVA



L'UVA et la Charte de Recife ( UVA e a carta de Recife )

 

Qu'est-ce que l'UVA ?
L'Union Végane d'Activisme - UVA est née en octobre 2018 de la nécessité d'affirmer le véganisme comme mouvement social, en défense de la considération morale de tous les animaux, humains et non-humains. Nous pensons que le véganisme doit s'articuler avec les autres luttes pour la justice sociale et être diffusé de manière accessible et populaire.

L'UVA est un collectif qui vise à articuler, donner de la visibilité et soutenir les activistes et les groupes locaux, nationaux ou internationaux qui pratiquent et diffusent le véganisme dans cette même perspective.

Nos pratiques sont fondées sur des relations horizontales et démocratiques, en recherchant toujours le consensus comme moyen le plus approprié pour prendre des décisions. Nous considérons qu'une pratique réflexive constante est fondamentale pour remettre en question notre activisme et déconstruire les préceptes enracinés dans notre société.

Nous fondons nos actions sur les principes suivants :

  • Antispécisme, avec une considération égale pour les animaux humains et non humains, car aucun animal ou personne ne doit être considéré comme une propriété, un objet ou une ressource.
  • La justice sociale, l'équité entre les sexes, la race, la sexualité et l'ethnicité, en guidant notre action contre toutes les formes d'oppression et de violation des corps, en luttant pour les droits des animaux et les droits de l'homme.
  • La souveraineté alimentaire et le droit de l'homme à une alimentation adéquate, en articulant la lutte du véganisme avec eux ;
  • La santé, la durabilité et la justice comme moteurs des changements nécessaires pour abolir l'utilisation des animaux ;
  • Véganisme populaire, lutte contre les préjugés, promotion de la libération des animaux et décolonisation des habitudes. Diffusion d'aliments végétariens, d'informations nutritionnelles et d'autres pratiques alternatives à l'exploitation des animaux non humains de manière autonome ou plus économiquement accessible et disponible pour toutes les classes sociales ;
  • L'autonomie, fondée sur la création d'espaces de dialogue, l'échange de connaissances et la possibilité de prendre des décisions conscientes ;
  • Laïcité
  • Suprapartisanat. Nous défendons le droit à la libre expression et à l'organisation politique/idéologique de chaque individu tant que cela ne nuit pas aux autres principes, ainsi qu'à notre autonomie).

Nous croyons qu'au-delà du résultat final que nous souhaitons, à savoir la liberté pour tous les êtres, il est également important pour nous de choisir des voies qui valorisent la solidarité, l'écoute attentive, le dialogue, l'apprentissage et la construction collective. Avec la joie qui défie les injustices sédimentées, avec les couleurs, les sons, les rythmes, les goûts et les affections qui constituent notre résistance créative.

Déclaration de Recife

En tant que participants à l'ENUVA, nous avons discuté et soutenu des principes et des directives, que nous exprimons ci-dessous sous forme résumée :

Nous comprenons et soutenons la création d'un mouvement antispéciste qui met en jeu les connexions et la solidarité politique entre les luttes, la lutte contre les structures d'oppression et contre l'exploitation capitaliste, car nous comprenons qu'il n'y a pas d'émancipation animale sans la fin de ce système économique.

Nous comprenons et nous nous engageons à construire de véritables alternatives écologiques basées sur la souveraineté alimentaire, l'accès à l'information, le renforcement des communautés locales, les alliances avec les mouvements sociaux, la décolonisation de nos vies et de nos pratiques ; le rapprochement des campagnes, des forêts, des territoires et des villes ; la promotion de la santé des animaux humains, des animaux non humains et des biomes ; et le renforcement des axes de solidarité économique.

Nous comprenons la nécessité de demander des comptes aux agents d'exploitation animale, mais nous savons que le système de justice pénale est raciste, élitiste et sélectif. C'est pourquoi nous donnons la priorité aux actions de prévention et favorisons le rétablissement éducatif des individus. Cependant, nous reconnaissons qu'en cas de politiques plus sévères, celles-ci doivent être réservées aux entreprises qui exploitent et tuent depuis si longtemps en toute impunité.

Compte tenu de ces principes et engagements, nous proposons la construction d'initiatives pratiques telles que : une formation politique plus poussée sur les liens entre la cause animale et d'autres luttes, la promotion de l'alignement entre notre théorie et notre pratique, le renforcement de diverses tactiques de communication ; des actions directes de libération animale, l'action dans des espaces éducatifs sur le véganisme et l'émancipation animale, la production de matériel orienté vers l'action, l'intervention dans les mouvements sociaux et le renforcement de leurs représentants, et la création d'espaces de formulation organisationnelle et stratégique où nous pouvons faire avancer les débats de notre réunion.

Après tout, nous pensons que le véganisme doit s'articuler avec les autres luttes pour la justice sociale et être diffusé de manière accessible et populaire.

 


Déclaration d'engagement en faveur du véganisme populaire - Élections 2022

L'Union Végane d'Activisme (UVA) est née de la nécessité d'affirmer le véganisme comme mouvement social de défense de la considération morale de tous les animaux, humains et non humains. Nous pensons que le véganisme doit être articulé avec d'autres luttes pour la justice sociale et diffusé de manière accessible et populaire. Nous défendons 21 agendas prioritaires pour les élections de 2022, répertoriés en 4 axes thématiques et, dans le but de guider ceux qui partagent ces orientations, nous divulguerons la liste des candidats qui souhaitent s'engager dans leur réalisation.

Axe 1 : Droits des animaux

1. encourager les campagnes qui favorisent l'adoption responsable d'animaux et découragent le commerce des animaux (domestiques, sauvages, indigènes ou exotiques) et la pratique des crimes de maltraitance et d'abandon. Présenter des projets de castration gratuite des animaux, ainsi que des soins spécialisés pour les urgences et les traitements divers, en s'engageant à créer et à étendre progressivement des réseaux publics de soins vétérinaires. Parallèlement, promouvoir des politiques publiques d'attention à la santé physique et émotionnelle des protecteurs qui secourent et aident régulièrement les animaux en situation de vulnérabilité ;

2. Articuler les projets visant à interdire l'utilisation de toute méthode pour euthanasier les animaux en bonne santé ou ceux atteints de maladies traitables ;

3. Diffuser un programme visant à surmonter l'utilisation d'animaux dans les véhicules de traction et de charge, en investissant dans de nouvelles technologies de transport durable pour les charretiers et les charretières, en créant des coopératives et en offrant une formation professionnelle alternative ;

4. Créer des actions pour décourager l'utilisation des animaux pour le sport/le divertissement : activités de chasse, cirques, rodéos, cow-boys, etc ;

5. 5. présenter un plan visant à transformer les zoos et les aquariums en centres publics de réhabilitation, de conservation et d'étude des animaux non humains, notamment en ce qui concerne la violence et les impacts subis par ces derniers, en cherchant à les intégrer aux sanctuaires animaliers, qui doivent être réglementés en tant qu'espaces de refuge, de garde et de préservation de la vie animale, afin de les qualifier d'institutions pouvant avoir accès aux ressources publiques pour des actions de sauvetage et de protection des animaux abandonnés et maltraités ;

6. Plaider des projets contraires à l'utilisation de feux d'artifice et d'artefacts pyrotechniques avec des effets sonores bruyants, tels que des éclats et des coups, en faisant usage de l'application d'amendes, étant donné les graves perturbations constatées pour les animaux, les personnes malades, les personnes âgées et autres ;

7. Amplifier l'inspection sanitaire des abattoirs, des abattoirs et des laboratoires, des établissements et des institutions qui manipulent des animaux, afin de garantir au moins le respect de la législation éthique en vigueur, en cherchant à assurer, au minimum, des conditions physiques et mentales saines pour les travailleurs et en ayant toujours à l'esprit le grand potentiel des foyers épidémiologiques et pandémiques ;

8. Promouvoir des incitations au remplacement progressif de l'expérimentation animale dans tous les domaines - esthétique, scientifique et universitaire - par des alternatives plus éthiques, par le biais de subventions fiscales et/ou d'investissements dans la recherche dans ce domaine ;

Axe 2 : Environnement et éducation

9. Investir dans des politiques de gestion des déchets solides secs (avec une collecte et une élimination appropriées, en privilégiant les coopératives de recyclage) et des déchets organiques (en encourageant le compostage), afin de préserver la santé publique, l'environnement et la vie des innombrables animaux concernés, notamment les animaux marins ;

10. Promouvoir la création, le maintien et la protection d'unités de conservation, fonctionnant comme des refuges pertinents pour la faune, la préservation de la biodiversité et la régulation du climat ;

11. Encourager la création de programmes d'éducation environnementale et de campagnes et cours éducatifs pour la population en général, dans les écoles et aussi dans d'autres espaces éducatifs, avec plusieurs objectifs intrinsèques au véganisme populaire : promouvoir la pratique d'une alimentation végétarienne stricte, combattre les mythes alimentaires, valoriser les produits régionaux, encourager le respect des animaux, rechercher des alternatives qui remplacent l'utilisation des animaux dans l'éducation, promouvoir une éducation antispéciste, décourager toute culture d'oppression (que ce soit de race, de genre, de classe, d'orientation sexuelle, etc. ), dénoncent les effets néfastes de l'utilisation des agrotoxiques dans la production alimentaire et mettent en évidence les dommages causés par la destruction des biomes au profit des activités agricoles et d'élevage ;

12. Garantir l'application et la large diffusion de la règle 8 du Programme national de repas scolaires (PNAE), qui garantit que les élèves ayant des habitudes alimentaires végétariennes recevront une alimentation adéquate selon leur choix ou leur condition ;

13. Promouvoir le renforcement de l'IBAMA et de l'ICMbio en augmentant leurs budgets, en développant leur personnel et en améliorant leurs infrastructures afin de promouvoir la lutte contre les crimes environnementaux et d'assurer une plus grande protection de l'habitat naturel des animaux ;

Axe 3 : Agriculture familiale, agro-écologie et territoires

14. Rendre possibles des incitations économiques pour la production et la distribution d'aliments d'origine végétale, d'agriculture familiale, d'économie solidaire et d'agroécologie/agroforesterie, en facilitant leur certification, en favorisant leur participation aux processus d'achat de repas scolaires et en permettant leur commercialisation dans des foires, permettant ainsi l'accès de la population aux produits ;

15. Proposer des lois limitant la culture de produits transgéniques et l'utilisation de produits agro-toxiques, en évitant d'exposer la population à la consommation d'aliments dont l'innocuité n'est pas prouvée et qui représentent des menaces pour la biodiversité et l'environnement ;

16. Promouvoir la création et le maintien de jardins communautaires, basés sur une technologie agro-écologique, dans les espaces urbains désaffectés, y compris l'affectation de terrains publics, en plus d'encourager les jardins familiaux, y compris par des avantages fiscaux, et la création de ceintures vertes, dans le but de promouvoir la souveraineté alimentaire dans la ville ;

17. Défendre les politiques et les actions de promotion de la durabilité et de la protection des peuples et des communautés traditionnelles, notamment en ce qui concerne la garantie de leurs territoires, compte tenu de leur rôle historique dans la préservation de la faune et de la flore indigènes[1] ;

Axe 4 : Santé et nutrition

18. Soutenir la création de politiques d'incitation à l'alimentation végétarienne stricte, valorisant les aliments in natura et peu transformés, dans les écoles et autres établissements publics et privés [2], en garantissant à tous les repas la possibilité d'une alimentation végétale complète et équilibrée sur le plan nutritionnel ;

19. Élaborer des projets pour la mise en œuvre et la modernisation des restaurants publics populaires, conformément aux lignes directrices du programme des restaurants populaires, du ministère de la Citoyenneté, en proposant l'insertion de repas strictement végétariens dans le menu de ces restaurants, en assurant dans chaque repas la possibilité d'un régime végétal complet et équilibré sur le plan nutritionnel

20. Assurer le suivi biochimique de l'insuffisance en vitamine B12 et des conditions cliniques impliquées dans son métabolisme (anémies, augmentation du risque cardiovasculaire et protection du système nerveux central), avec un traitement intégral par le réseau de santé publique. Avec la même importance, permettre des actions pour l'inclusion de la fortification en vitamines B12 et D (sans excipients animaux) dans les aliments commercialisés à grande échelle ;

21. Stimuler les campagnes et les actions en faveur de l'application de la législation sur l'étiquetage des aliments, y compris pour les restaurants et les établissements similaires, afin d'informer correctement les consommateurs sur la composition des aliments proposés, ce qui permet d'identifier la présence d'ingrédients d'origine animale.

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[1] Nous suivons la définition des peuples et communautés traditionnels contenue dans le décret 6040 du 7 février 2007.

[2] L'alimentation strictement végétarienne est basée sur la consommation de légumes : fruits, verdures, légumineuses, grains, graines, légumineuses et oléagineux, et exclut la consommation de tout produit d'origine animale : viande, produits laitiers, œufs, miel, etc).

 


Article de Sandra Guimaraes

En Palestine occupée des potagers suspendus (article Basta)