LE SEXE FORT DE LA FLEUR

LE SEXE FORT DE LA FLEUR

Rédigé le 10/05/2019
Système Plévreux


Dessin de Hans Bellmer

 


En ce temps où il convient que nous soyons tous·tes conformes, en ages, en beauté, en pensée ou même en inconformités, je remercie l'auteur·rice de nous offrir cette ôde libertaire. Ici les fleurs ne sont pas beauté, elles sont force et indépendance au delà des convenances.

C'est le troisième texte de l'auteur·rice Système Plévreux que nous diffusons.



 


Je n'aime pas les terres infertiles ou infructueuses, les sols ingrats, incultes, voire infermentescibles.

Je leur préfère les friches aux parfums âpres de ravage où prennent racines les bourgeons de la lubricité. J'ai une attirance malsaine pour la mauvaise herbe et pour les inflorescences sauvageonnes qui croissent entre les pavés cimentés du conformisme.

Ma prédilection va aux plantes rebelles - en particulier les spigaous de Provence et le chiendent -, aux fleurs de gouttières, aux gerbes sauvages dont les feuilles dentelées cachent des petites grappes feutrées ou des pétioles délicates et charnues.

Car enfin, ces plantureuses floraisons spontanées pourront exciter l'imagination des moins sages d'entre nous. Il suffit de le vouloir. L'imagination se travaille, s'arque boute à volonté...

Les vierges pas si sages sortent des murs fatigués comme par enchantement, le follicule fier ou timide, la corole entrouverte ou le calice offert, les belles gousses velues, les pistils en éveil ou l'androcée pleine de pollen.

Tout rappelle que cette vie n'est pas encore domestiquée, domptée, sellée, chevauchée et que le labour furieux pouvant être pratiqué, perpétue la vie à l'entrecuisse du bucolique.

Le lierre se cramponne avec fièvre aux courbes et aux pans.

L'ortie se pique au jeu en griffant le dos de ses partenaires.

Le chardon échancre ses dentelles.

La santoline joue l’effarouchée en tentant de cacher son réceptacle aplani.

Le coquelicot rond et frémissant semble sécréter la phéromone des champs tout en palpant avec gourmandise la tige insolente du fenouil anisé.

Le pissenlit suinte tôt le matin l'appel de la semence.

Le liseron rampe, la cambrure insolente offerte au vent.

Les creuses, les voluptueuses, les triangulaires, les ouvertes, les fières de col, les fausses chastes, les profondes, les hermaphrodites, les goulues, les étroites, les matures, les séminales, les petites ou grandes labiées, les montreuses d'excroissance sensitive, les pelotonnées, les superficielles à la douce muqueuse, les pavillonnaires, les pondeuses, les repues, les pileuses, les androgynes, les glabres, toutes s'ébattent et s'égrainent aux souffles vivaces ou rauques des vents pygmaliens et vont pousser plus loin, ailleurs, au hasard d'une matrice humide, ou d'une grotte chaude et sombre.

Ephémères et éternelles au cycle des saisons sans menstrues, éclosez dans l'inépuisable trompe d'abondance et folâtrez à foison sur les trottoirs, comme les enfants naturels aux futures toisons d'or… dans le grand jardin du Seigneur du Cul du monde champêtre, le puissant Saboteur de spleen citaïque.


Système Plévreux

Mercredi 14 juin 2006