Le cynisme, cette guerre contre l’éthique.
02/05/2019

Le cynisme, cette guerre contre l’éthique.

Temps d'audition : 13'12''
Diffusion à l'antenne à 9h05-13h30-18h40

 

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Salut c’est Neo, je viens de voir la publicité de la tristement célèbre enseigne HIPPOPOTAMUS et je suis tombé des nues.


Le temps est au cynisme (#2) et je me dis que les militant·e·s animalistes ont beaucoup de sang-froid devant tant de provocations. Alors, ce n’est pas la première fois que la filière élevage-abattage et bouchère cherche à dédramatiser la portée éthique de ses pratiques. Mais cette fois encore, le cynisme mis en oeuvre donne le haut le coeur.

Voilà ce qu’est le monde des affaires. Un univers qui ne pourra jamais contribuer à la création d’un monde juste. Aucune confiance ne pourra jamais être gagnée dans le système capitaliste.

Ce message publicitaire légitime pleinement la lutte animaliste. S’il s’agit d’une  exposition promotionnelle de l’enseigne, bien plus encore s’y exprime un lobbying d’opposition et d’exclusion. Aujourd’hui il ne s ‘agit plus seulement de toucher sa cible commerciale mais en même temps d’en détruire une autre. Les consommateurs·trices deviennent par adhésion au message des soldats armés à l’humour et pourront à loisir se référer à cette campagne pour davantage encore ostraciser les ami·e·s ou voisins·sines de table, végétaliens·liennes. Le conformisme CONSUMÉRISTE déclare la guerre à L’ÉTHIQUE.

L’industrie capitaliste est probablement la pire chose qui soit arrivée à la planète errodant tous les ciments sociétaux et environnementaux.

Industrie, Empr. au lat.industria « activité, application », dér. de industrius « actif, zélé».

Des hommes et des femmes ayant envie de s’activer dans le monde avec application, de le dévorer, de l’extracter. L’esprit industriel qui agit avec méthode et de manière zélée s’applique à concasser et polir chaque partie du monde et de nos pensées les transformant en un sable stérile. L’industrie nous consomme en temps de vie et de conscience, faisant de nous des êtres vides et décérébrés, nous écoulant de notre intime sablier vers notre épuisement annoncé. Notre temps touche à sa fin si nous ne faisons rien.

Conditionné·e·s à cette logique inéluctable, la plupart des citoyens·ennes ne remet pas en cause le discours de ce genre de publicités qui joue sur le ressort anesthésiant de l’humour. On invisibilise ainsi la réalité des êtres sensibles entassés dans les lieux d’exploitation. Qui se soucierait ainsi de CHANCE, petit cochon moribond si des enquêteurs·trices de la nuit ne l’avaient découvert agonisant dans son lieu d’élevage. Les oreilles nécrosées, des malformations occulaires, une maigreur famélique, ce petit être extrait de l’enfer ne pourra pas survivre. Vous en voyez les images sur la page de cet édito. Sans l’action de désobéissance au conditionnement, le malheur de CHANCE passait inaperçu à notre cynisme léthargique.


L’inDUSTrie se rit de nous et laisse derrière elle des poussières de vie.

DUST: Poussière.

L’in-Dust se rit de nous et précipite le vivant dans la morbidité. Vivez fort! Soyez fort·e·s et heureux·reuses entre ami·e·s! disent les messages promotionnels. Sacrifiez !

Nous nageons en pleine aberration. Alors que la Sentience nous pose un ultimatum éthique à en finir avec la consommation d’animaux, alors que l’anthropocène nous pose elle un ultimatum de danger pour la planète et dans la réalité de laquelle 1 million d’espèces ont à ce jour disparu. Va encore pour la disparition, puisqu'il s’agit surtout de milliards d’individus sensibles qui auront agonisé avant de s’eteindre. En insensibilité et irresponsabilité absolue, le système développe sans complexe une communication sardonique pour réduire à neant la seule notion encore qui puisse donner espoir à l’humanité : l’Éthique.

Comment ne pas sombrer dans la mélancolie face à tel cynisme? Voici, en guise de réponse, deux variations qui confirment l’ère cynique dans laquelle nous sommes où l’impunité devient une insulte.

1· Le PHOQUE COUPABLE

La première variation de notre thème concerne des décapitations qui demeureront très certainement impunies. Des phoques croisant malencontreusement la route d’un concurrent bipède en baie de Concarneau sont condamnés à mort parce qu’ils volent du poisson aux pêcheurs. Ces actes specistes sont criminels au regard de la loi mais sont aussi la désignation de boucs-émissaires, individus qui mangent le pain des bons pêcheur·e·s. Dans cette dynamique, il y a celle des extrémismes qui rejettent et violentent des individus·e·s quelque soit leur espèce, leur origine ou leur identité. Ce sont les mêmes réflexes qui amènent les suprématistes à rejeter sans vergogne celleux qui, animaux humains ou non-humains, revendiquent un espace de vie légitime que leur disputeront quoi qu’il arrive ces gens pleins de morgue s’arrogeant des droits qui nient la vie. Cynisme rassurant ou personne n’a plus à s ‘émouvoir puisque la majorité des citoyen·ne·s, sous la pression sociale et l’appel à la conformité,  gardent le silence. Ces phoques étaient quelqu’un, êtres de sentience et donc de désir assassinés par des pêcheur·e·, condamnés par le silence sociétal.



2· Le cirque de Gérard COLLOMB

La deuxième variation concerne les cirques qui utilisent des animaux sauvages pour les spectacles ou dans des zoos itinérants pour capter la clientèle de badauds. Alors que 67% des français·çaises souhaitent l’arrêt de l’exploitation des animaux sauvages dans les cirques, alors que de nombreux pays ont déjà franchi le pas de l’interdiction soit 28 à ce jour recensés par l’organisation CODE ANIMAL, ce sont déjà 323 villes françaises, dont 64 de plus de 10.000 habitants, qui refusent de voir s’installer sur leur territoire les cirques-prisons. Cependant, même si Strasbourg et Montpellier ont clairement pris position contre ces cirques, les grandes métropoles font montre d’une lenteur coupable en ce domaine. La ville de Paris, malgré le travail de l’association Paris Animaux Zoopolis n’a de cesse de faire traîner le dossier. Et l’apothéose vient de la ville de Lyon. Gérard Collomb a été sollicité pour se positionner contre les cirques par l’Organisation EARTH RESISTANCE dans une lettre ouverte sans équivoque datant de février 2019. La réponse du maire de Lyon, datant elle du 1er avril 2019, sonnant comme une mauvaise blague, fait alors preuve du même cynisme qu’une publicité de restaurant : aucune responsabilité sociétale ni environnementale dans le positionnement :

[…] Indépendamment de l’aspect réglementaire de la question, il convient de préciser que les animaux présentés sont soit des animaux domestiques, soit des animaux nés et ayant toujours vécu en captivité. Il faut donc se garder d’un excès d’anthropomorphisme ou d’une référence à la vie sauvage que ces animaux n’ont jamais connue. […]



Merveilleux donneur de leçons qui détient une compétence toute particulière d’éthologue (sic). Ces animaux puisque nés en captivité n’auraient plus rien de sauvage et donc pourraient supporter de vivre dans une cage de quelques M2. Un Lion, né en captivité, remarquez le cynisme, n’aurait ainsi plus rien d’un Lion. Devenu chat par la captivité son psychisme et sa physiologie se seraient donc adaptés à la vie en cage.

Gérard! Gérard… ! Article L214-1 : Tout animal étant un être sensible doit être placé par son propriétaire dans des conditions compatibles avec les impératifs biologiques de son espèce.

N’avez-vous ainsi jamais entendu parler des stéréotypies?

Le Maire de Lyon fort de sa prestance patriarcale, fait fi des souffrances vécues par tous ces Êtres encagés. Face à ces dysfonctionnements moraux, garder le silence serait un aveu de complicité. C’est la raison pour laquelle les organisations militantes s’activent et doivent être soutenues dans leurs dénonciations et leur combat.

Dans le cas présent, EARTH RESISTANCE, qui avait connu un vrai succès lors d’une session de communication ciblée contre le SOMMET de l'ÉLEVAGE sur les réseaux sociaux en 2018, va réitérer l’opération pour challenger les arguments de Gérard Collomb sur son compte Twitter. Une belle opération de dialogue en perspective.

Les élu·e·s ont leur part de responsabilité. Iels ne peuvent plus se cacher. Iels  doivent être sollicité·e·s et amené·e·s à se questionner avec leur époque plutôt que continuer d’agir sous les dogmes du passé et de la duplicité. Vous pouvez contribuer à cette opération sur Twitter auprès de Earth Resistance le 7 mai prochain, il suffira de vous inscrire à l’événement public de l’association dont nous mettons  le lien ici.



 

Ces 4 situations que nous venons d’observer ensemble, la communication publicitaire, le sort des animaux en élevage, l’assassinat d’individus-animaux ou encore la prise de position d’un élu en faveur des cirques-prisons, nous indiquent  combien nos consciences sont malmenées. Garder le silence et persévérer dans l’inaction renforcent la puissance du cynisme qui réduit chaque jour davantage notre capacité à faire gagner la justice pour tous·tes. Dans tous les cas, pas à pas, bataille après bataille, il faut sans cesse démasquer les cynismes pour ne pas laisser se perdre le monde dans la guerre menée contre l’Ethique.

 

Néo.



Le cynisme, cette guerre contre l’éthique.