Le calvaire des veaux nourrissons

Le calvaire des veaux nourrissons

Rédigé le 03/04/2020
Néo ...


La nouvelle enquête de L214 sur les longs transports d'animaux pour prendre conscience et cesser de cautionner l'exploitation et la souffrance. Un jour l'abolition.

 

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(Mise à jour 6 avril 2020 à 16h00)

 

 


L'industrie laitière ne peut fonctionner sans cette aberration éthique : faire naître des veaux pour qu'une vache, mère, entre en lactation. Alors, pour récupérer le lait, il convient de soustraire le bénéficiaire désigné de cette lactation programmée, le veau. Dans cette industrie, la naissance d'un veau est donc un dommage collatéral.

Cette même industrie va reclasser ce veau, en faire une production connexe, le transformer en viande. Pour cela des veaux séparés de leur mère dans les 24 heures suivant leur naissance seront transportés vers des fermes à engraissage faisant des veaux des usines vivantes à protéines animales. Ainsi pour la France ce sont plus de 272·000 veaux de moins de 80 kg qui auront été envoyés à l'engraissage majoritairement en Espagne ou en Italie en 2019(1). A ce poids, il s'agit d'animaux non sevrés, c'est à dire de bébés, on les appelle les veaux nourrissons. Ils sont chargés dans des bétaillères, entassés ou encagés alors qu'ils devraient encore téter leur mère. Ce sont plus de 1,3 millions de veaux nourrissons qui auront été arrachés à leur mère et transportés sur grandes distances au sein de la communauté europpéenne.

Concernant ce transport, l'association L214 vient de divulguer une enquête menée avec l'association Eyes on Animals. Ce que révèle cette enquête, c'est une fois de plus l'usinage d'être vivants, nassés et contraints sans aucune considération de leur sentience(2). Elle montre à quel point l'organisation des filières de l'exploitation animale est bien rodée autant que cruelle.

Dans la vidéo ci-dessous, les veaux sont rassemblés et chargés en Irlande dans des bétaillères, ils ont entre 2 et 3 semaines de respiration au monde. Ils vont être ensuite transportés par bateau jusqu'au port de transit français de Cherbourg et après une escale, violente et effrayante, sans soutien maternel, nourris de lait à la va-vite, ils seront remontés en camion pour partir vers la Hollande, l'autre pays du carnage.

 


 

Ces veaux auront donc parcouru 2000 km en bétaillère durant 50 heures. Maltraitance de système, organisée et volontaire. Une fois dans les bétaillères, cette zone de non-droit, de déconsidération optimale en transit, fait de ces petits êtres des candidats à la soif, à la faim ou à la mort par épuisement. Les veaux devraient recevoir 2 litres de lait toutes les 12 heures. Ils ne sont alimentés qu’une seule fois sur un voyage de 50h. Si l'U·E réglemente les durées de transport entrecoupées de temps de repos, le jeu des dérogations finit par autoriser des transports longs avec des équipements qui ne permettent pas de repondre aux conditions de nourrissage par succion simulant l'allaitement. Rien n'est fait pour répondre aux besoins physiologiques ou psychiques de ces nourrissons. Après la traversée, ils seront débarqués en centre de transit pour être sommairement nourris avec un temps de pause entre 12h00 et 24h00.

Dans l'enquête menée par L214, c'est le centre de Couville (Manche) qui illustre les conditions d'hébergement des veaux. Ouvert 24h/24, ce centre a une capacité d'accueil de 2700  veaux nourrissons et si l'on peut dénombrer jusqu'à 300 bébés par bétaillère, ce sont donc des camions bondés qui peuvent décharger les veaux pour les nourrir et leur donner une "pause" avant de repartir. Il y a tellement d'individus transportés que c'est dans la pagaille que les parquages sont réalisés. Les veaux nourrissons désorientés par leur "voyage", affaiblis et affamés sont dirigés vers leurs enclos à coups de pieds et de batons. Les images de L214, une fois de plus montre la réalité du traitement infligé aux animaux d'élevage en vue de remplir les rayons de boucherie des supermarchés ou fournir les restaurants, servir les consommateurices.

Pourtant, une grande part de la population est en désaccord avec de telles conditions de (sur)vie. L214 met en exergue que :

89 % des Français sont favorables à une limitation de la durée de transports d’animaux vivants à un maximum de huit heures(3).

et que :

88 % des Français considèrent que la protection des animaux d’élevage devrait être renforcée(4).

Alors que l'opinion publique rejette massivement ces pratiques, la réalité dépeinte par L214 n'est pas celle d'une promenade de santé. Lorsque la vérité est montrée la population réagit, et pourtant le système perdure. Il le peut parce qu'il manipule les consciences et les flatte. S'il répond aux réglementations, il garde tous les pouvoirs en détournant l'opinion à grand renfort de marketing ou de communication. On parle souvent de bien-être et d'ordre naturel. Les animaux seraient heureux de s'offrir aux machoires humaines. Mais comme le montre toutes les enquêtes de L214, tout est toujours à minima pour les victimes et rien ne  garantit jamais un quelconque bien-être.

 

La filière vit de souffrance et de mort.

Bien qu'il n'y ait aucune nécessité vitale à continuer ces transports, la filière laisse croire le contraire et en pleine periode de COVID-19, les bétaillères auront traversé 4 pays pour transporter les animaux. La filière met en péril tous·tes les humain·es qui la croise dans son dessein funeste: les éleveurs en contact avec les routiers, les routiers en contact avec les équipiers des ferries et les personnels des ports ou des points de ventes et les clients. Bref, cette industrie perdure alors qu'elle est un agent, de bout en bout, de mortalités potentielles, dans sa finalité d'abattage, dans les échanges inter-humains de la filière, et de manière endogène puisqu'un·e agriculteurice se suicide tous les 2 jours.

Ce temps de confinement devrait permettre à l'humanité de repenser sa place. L'humain·e est mortel·telle , et les virus à pandémies qu'iel connait sont issus de sa proximité aux animaux qu'iel consomme ou débusque; il est temps de rappeller que la protéine essentielle à sa vie se trouve utilement dans les végétaux et inutilement dans les animaux qui l'auront, également par leur digestion, transformée en muscle pour se mouvoir et non se donner à l'abattoir.

Si nous retenons une leçon de cette enquête c'est, premier point, le scandale de la maltraitance faites aux animaux qui ne cessent d'être d'actualité, et deuxième point en prolongement, conserver un régime carné n'est pas exempt de risque.

Les consommateurices restent persuadé·e·s que le lait est sain et bon pour elleux. Or la vache ne produit du lait que pour son petit veau. Le rapport au lait entretenu par les humain·e·s n'est que culturel (cela se fait depuis des millénaires), transitionnel en terme psychanalytique (sic) ou subliminal si l'on considère la puissance de communication du lobby des produits laitiers. Il s'agit donc pour elleux de retrouver leur liberté de conscience et de se défaire de leurs dissonances. Pour faire face à la peur du manque, il est possible de remplacer les produits laitiers et d'accompagner chacun·e en douceur par le goût et le plaisir. Lui donner accès à la créativité de celleux qui ont su, par exemple, élaborer des préparations fermentées tout aussi goûteuses et de fait bien plus éthiques.

Les images de L214 dénoncent une fois encore un scandale. Il est temps de passer au tout végétal en tant que consommateur et d'amener par là-même les éleveurs à transitionner pour végétaliser leur production. Nos plaisirs de bouche deviendraient des plaisirs ethiques.

 


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1 - Données FranceAgriMer, Janvier 2020, citées dans l'enquête L214
2 - La sentience, fiche de Florence Dellerie