Du 25 octobre au 08 novembre, ce sont 15 jours durant lesquels des événements sont organisés pour porter la lutte des personnes intersexes auprès du grand public et visibiliser l'intersexuation.

Aujourd'hui, la science, par les découvertes réalisées et les droits humains davantage revendiqués, devrait imposer le respect des personnes intersexes dans leurs altérités et sans autre considération. Or, la société et le corps médical cherchent à s'en soustraire en continuant de discriminer et violenter les personnes intersexes dans leur chair et dans leur psychisme au nom d'une fallacieuse conformité. Malgré les connaissances et le travail militant incessant, ce sont 96% des enfants intersexes qui subissent au moins un traitement hormonal(**) dans leur existence alors qu'il n'y a aucune indication thérapeutique puisqu'il n'y a aucune pathologie.

 

Sortir du dogme de la binarité

Les personnes intersexes sont nées avec des caractères sexuels (génitaux, hormonaux, gonadiques ou chromosomiques) qui ne correspondent pas aux définitions binaires types des corps masculins ou féminins. Le terme intersexe s’emploie pour décrire une large gamme de variations naturelles du corps, qui se développent à tout moment de la vie. Les variations intersexes sont multiples et diverses, plus de 40 ont été recensées(*).

Si l'intersexuation est une variation comme chacun·e d'entre nous en porte une, ce fait n'est aucunement pris en compte parce que la norme sociale de la binarité et le fantasme d'une essence dyadique (terme désignant les personnes non intersexes) des identités prévalent. Dans sa toute puissance le corps médical met alors la pression en impossant la conformation sexuelle des corps. C'est au nom de cela que les personnes intersexes subissent des tortures, des mutilations et des situations de violence sexuelle qui créent des traumatismes fonctionnels et psychiques. 66% des personnes ayant subies des actes medicaux estiment que ceux-ci ont eu des conséquences négatives sur leur santé psychique.



 

Le corps médical est coupable dans son dogmatisme. Les interventions chirurgicales et les traitements sont sources de douleurs chroniques et de dysfonctionnement du métabolisme alors qu'elles sont jugées non nécessaires pour 74% des personnes les ayant subies. Les interventions mutilantes et attouchantes sont réalisées sans aucun consentement de la jeune personne ou des parents. Ce sont en effet 86% des personnes intersexes interrogées en France [qui] estiment ne pas avoir pu donner un consentement libre et éclairé aux actes médicaux sur leurs caractéristiques sexuelles.(*) Par son autorité, un·e médecin soumet ces derniers à de la manipulation et de la culpabilisation pour leur imposer les maltraitances faites à leurs enfants. La désinformation coupable rend alors les parents complices malgré eux en les obligeant à pratiquer des gestes correcteurs très souvent vécus comme des violences sexuelles ou eux mêmes à utiliser le chantage affectif pour faire accepter à l'enfant des pratiques agressives et invasives.



La lutte des personnes intersexes nous interroge sur la manière dont notre ignorance citoyenne nous rend complice à notre tour. Aux côtés des personnes intersexes, nous devons contribuer à dénoncer au plus au point et sans aucune réserve la monstruosité interventionniste à l'oeuvre contre les victimes. Il est grand temps que cela cesse. Notre devoir est de faire echo aux revendications des personnes intersexes, car le petit nombre de personnes concernées (1,7% des naissances) ne doit pas minimiser l'incommensurable souffrance qui est subie. S'informer c'est pouvoir contribuer à, par exemple, soutenir les nouveaux parents et leur donner le courage de s'opposer à la pression des apprentis sorciers du corps médical.

Durant ces deux semaines, donc, et parce que les personnes intersexes ont besoin d'allié·e·s éclairé·e·s, chacun·e pourra profiter des événements pour comprendre et s'impliquer dans cette lutte en écoutant les concerné·e·s. Le programme de la quinzaine est disponible ici et ci-dessous.

 

Notre soutien

Pour contribuer à donner la parole et soutenir cette quinzaine, nous diffusons cette année deux documents sonores, disponibles dans cette page.

  • Lecture d'un témoignage d'une personne intersexe qui est parue sous forme de Zine sur le site Millefolium "Que cessent les interventions chirurgicales non consensuelles sur les enfants intersexué.es". Il est accessible dans notre podcast de livres lus NONBIBLIO

 

  • Un document sonore, accessible ci-dessous, interview de Micha du CIA-OII France, lors d'une rencontre dans le cortège de l'ExistransInter 2023

 

Programme de la quinzaine



 

  • Mercredi 25/10
    • à 17h : Projection du documentaire Entre deux sexes lors de la permanence d’accueil et d’écoute au centre LGBTI de Touraine (11bis Rue des Tanneurs, 37000 Tours).
    • à 19h30 : Projection et conversation autour de Hermaphrodites speak! avec le collectif Archives Derrière les faggot.es au local Piquemil (6 Rue Piquemil 31300 Toulouse).
  • Jeudi 26/10
    • à 16h : Conférence Quels droits pour les personnes intersexes aujourd’hui ? à Science Po Toulouse (21 allée de Brienne 31000 Toulouse, bâtiment D, rez-de chaussée, salle MD007) .
    • à 19h : Rencontre avec Michal Raz et Loé Petit autour du livre Intersexes, du pouvoir médical à l’autodétermination de Michal Raz à la librairie Terra Nova (18 Rue Léon Gambetta, 31000 Toulouse).
  • Vendredi 27/10
    • à 18h30 : Vernissage de l’exposition XY de Marin à l’EST galerie (76 rue Saint-Maur 75011 Paris).
    • à 18h30 : Soirée de soutien au CIA au bar queer et féministe La Gougnotte (18 avenue Etienne Billières, 31300 Toulouse).
    • à 20h : Projection-échanges autour du documentaire Ni d’Eve Ni d’Adam à la Bibliothèque du Centre LGBTI de Lyon (19 rue des Capucins, 69001 Lyon)
  • Dimanche 29/10
    • 15h : Conférence et discussion autour des représentations des personnes intersexes dans la fiction dans le cadre du Festival d’Arts et Création Trans et exposition d’Aude Nasr au Théâtre de l’Élysée (14 Rue Basse Combalot, 69007 Lyon). Ouverture des portes à 14h pour un brunch à prix libre
    • à 18h : Bingo Drag au profit du CIA, animé par Minima Gesté, suivi d’un DJ set, à La Folie (Parc de la Villette, 26 avenue Corentin Cariou, 75019 Paris). Table du CIA à partir de 16h.
  • Mardi 31/10
  • Mercredi 1/11
    • Projection du documentaire “Et si on s’en foutait” de Johanna Lagarde, dans le cadre de BIZARRE · Queer Cinema Day 12h-minuit à La Folie (Parc de la Villette, 26 avenue Corentin Cariou, 75019 Paris).
    • à 19h : Discussion sur Littérature et intersexuation, au bar le Mercury (26 Rue des Écoles Laïques, 34000 Montpellier).
    • à 20h : Soirée live Twitch sur l’intersexuation chez Cassandre « TOUT sur les LUTTES INTERSEXES feat. Loé du CIA » : https://www.twitch.tv/Cass_Andre (en ligne).
  • Jeudi 2/11
    • à 17h : Conférence du CIA-OII France pour les étudiant-e-s en médecine, à l’invitation du pôle Genre et Égalité de Solid’UP et de CQFD, à la Faculté de médecine de Bichat (16 Rue Henri Huchard, 75018 Paris).
    • à 20h : lecture de Herculine Barbin par la troupe de théâtre de Nosig et échanges avec le CIA à Pol’n (11 Rue des Olivettes, 44000 Nantes)
  • Samedi 4/11
    • à 17h30 : Rassemblement public pour les droits intersexes organisé par le CIA-OII France devant le Musée d’Histoire de la Médecine (12 Rue de l’École de Médecine, 75006 Paris), suivie d’une rencontre avec le collectif au Cabaret des Merveilles (25 Rue de l’Hirondelle, 75006 Paris)
  • Mercredi 8/11
    • à 10h : 10 ans après : Déclaration de Malte et drapeau intersexe. Rencontre avec Morgan Carpenter, en ligne avec le RéFRI. Sur inscription ici (en ligne).
    • à 18h : Projection-débat du documentaire Entre deux sexes avec Solidaires étudiant-e-s à la Faculté des Tanneurs (salle 120, Université de Tours, 60 Rue du Plat d’Étain, 37000 Tours). Sous réserve.

 

 


Sources

(*) Le site est parfaitement réalisé pour qui souhaite se documenter sur le sujet de l'intersexuation.
Les données chiffrées sont issues de l'enquête sur la santé des personnes intersexes de 2019, données recueillies et analysées par le Collectif Intersexes et Allié·e·s - OII France
(**) Source : Droits de l’homme et personnes intersexes par le Commissaire aux droits de l’homme du Conseil de l’Europe.